Test Planescape Torment( 28/12/1999
)
Les créateurs de Baldur's Gate signent avec Torment le meilleur des jeux de rôle jamais créé sur ordinateur dans un univers AD&D, moins connu que Ravenloft ou les royaumes oubliés.
Test - Planescape Torment
Torment est un jeu de rôle, un vrai. Et autant le dire tout de suite, le chef-d'uvre absolu du genre, loin devant Baldur's Gate dont il reprend le moteur en l'améliorant. Mais l'ambiance et la manière dont on y évolue sont radicalement différentes. Nous sommes toujours dans donjons et dragons, mais cette fois-ci dans l'univers bien particulier de Planescape. La Cité des portes, dirigée par la "Lady of Pain", ouvre sur tous les autres mondes connus. Ainsi, cette ville cosmopolite est fréquentée par des anges, des démons ou des personnages issus des royaumes oubliés. L'enfer semble cependant largement l'emporter sur le paradis
Naviguer entre le Bien et le Mal
En début de partie, votre alignement est neutre. Vous évoluerez ensuite, selon vos choix, entre le Bien et le Mal. Si la classe guerrier est un passage obligé, il est possible aussi de devenir un mage non sans difficultés car vous devrez d'abord satisfaire les requêtes de la sorcière chargée de vous enseigner l'Art ou bien plus simplement un voleur. Il suffira de le demander à Hanna, la fille de Pharod, lorsqu'elle aura rejoint vos compagnons. Mais attention : pas question de redevenir un guerrier en quelques clics de souris (on ne saurait même affirmer que la chose est possible). Vous devez donc soigneusement gérer votre progression dans le jeu. Puis, à chaque niveau gagné, vous disposerez d'un petit point qui vous permettra d'améliorer vos caractéristiques de base. Mine de rien, vers la fin de la partie, cela en fera à peu près quatorze. Quant aux sorts magiques, très différents de ceux présents dans les royaumes oubliés, vous accèderez aux six premiers cercles.
The Nameless One
Vous incarnez l'homme sans nom (The Nameless One), un immortel amnésique à la recherche de ses origines perdues. Il s'éveille dans une chambre mortuaire, au côté d'un "mimir", crâne volant du nom de Morte et obsédé sexuel doté d'un sens de l'humour quelque peu morbide : "Ne tue pas les zombies femelles, elles pourraient encore servir !" Sur votre dos figurent des instructions ensanglantées. Vous devez en premier lieu retrouver votre journal et un homme du nom de Pharod. Un collecteur qui vend les cadavres qu'il trouve aux Dustmen, fascinés par la "vraie mort". Dans de nombreux cas, il existe plusieurs moyens de résoudre une quête parmi les 125 possibles. Vous pouvez, par exemple, dans une guerre de gangs choisir lequel des deux chefs vous allez soutenir, avec des conséquences différentes dans les deux cas. Ou encore décider de tuer brutalement quelqu'un plutôt que de monter un plan subtil pour attirer son attention hors de la pièce qui vous intéresse.
Un humour ravageur
La ville est riche d'habitants, de crapules, de prostituées Son exploration occupe à elle seule des heures de jeu. L'ambiance est très prenante et l'humour ravageur. Quelques exemples ? L'arme secrète de Morte est un torrent d'injures, qui lui permet de lutter efficacement contre un sorcier en l'empêchant de se concentrer. Et il y a cette dame qui fouille les entrailles des morts pour en revendre le contenu. Et comme vous n'êtes pas tout à fait vous-même de la première fraîcheur, vous décidez de tenter la chose Elle vous ouvre la boîte crânienne. Rien. Le torse. Rien. L'estomac. Elle en extirpe les intestins et y découvre un anneau magique. Les intestins remis en place, un bout dépasse : il se retrouve dans votre inventaire. Un peu plus tard, dans les catacombes, vous retrouvez un bras abîmé. Une fois identifié, vous réalisez que ce bras était le vôtre. Et voilà comment on se retrouve avec une massue du plus bel effet, et très efficace. En fait, des petits bouts de vous traînent un peu partout. Dans un bar, le tenancier vous rappelle que n'ayant pas eu les moyens de régler la facture après avoir tout cassé, il y a quinze ans de cela, vous vous êtes arraché votre il pour le lui laisser en caution. Une fois payé la note, l'il retournera dans sa cavité, et vous retrouverez au passage certains de vos souvenirs
Digne d'un roman
Le niveau de détail du scénario est soigné jusqu'à l'extrême. On a là un véritable roman interactif. La partie textuelle est largement supérieure, tant en qualité qu'en quantité, à ce que l'on trouve dans Baldur's Gate, pourtant une référence du genre. Mais si vous n'aimez pas lire à l'écran, vous qualifierez ce jeu de verbeux et vous ennuierez vite. Un exemple du soin apporté au scénario est la manière dont vous recrutez de nouveaux membres dans votre équipe. Dans la plupart des cas, il ne suffit pas de leur poser la question rituelle "Voulez-vous vous joindre à moi ?", mais il faudra les convaincre, voire effectuer de nouvelles quêtes dans ce but précis. Ces héros à recruter sont rares, et il n'est pas question de faire l'impasse sur la sublime Fall from Grace, succube de son état, et à notre connaissance la seule prêtresse du jeu. Elle est tenancière d'un bordel pour intellectuels, dans lequel les prostituées se livrent à des joutes oratoires, au point d'en remontrer à Morte en matière d'injures. Torment, c'est un peu comme les frites McCain : il y a eu ceux qui en parlent, et ceux qui y jouent. Le rédacteur de cet article va donc se dépêcher de faire à nouveau partie de la seconde catégorie, pour sa quatrième nuit blanche à Sigil, la cité des portes, régie par la déesse de la douleur.